Mais d’où viennent nos plantes d’intérieur ?

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Par Mélina Guêné-Nanchen


Vous êtes-vous déjà demandé si vos plantes d’intérieur poussaient à l’état naturel, et si oui, où ? Bien que beaucoup de nos plantes d’intérieur soient des cultivars spécifiquement adaptés pour être des plantes ornementales, en savoir davantage sur les milieux d’origine de vos plantes peut vous aider à mieux les entretenir. Voici une courte liste de l’origine et de l’entretien à prodiguer pour trois de nos plantes d’intérieur les plus communes.

Plante-araignée

Mieux connu sous le nom de plante-araignée, le Chlorophytum comosum est originaire de l’Afrique du Sud. Quoique naturellement, cette plante pousse à l’ombre dans les forêts tropicales, elle pousse aussi à l’intérieur très facilement, que ce soit dans une pièce peu éclairée ou en plein soleil [1]. Comme il s’agit d’une plante tropicale, elle apprécie grandement les pièces plus humides, comme les salles de bain ; vous pouvez également asperger le feuillage avec de l’eau pour recréer son milieu naturel. De plus, comme elle subit en milieu naturel des alternances de saisons sèches et humides, ses racines sont en mesure de stocker de l’eau, lui permettant de s’adapter à toutes sortes de conditions à l’intérieur [2]. En plus d’être une des plantes les plus faciles à entretenir, c’est aussi une des plus faciles à bouturer. Elle produit des plantules au bout de ses stolons, qu’il suffit de mettre en terre dès que les plantules commencent à développer des racines.

 

Dieffenbachia

Le genre Dieffenbachia de la famille des Aracées regroupe environ 30 espèces. Ces plantes sont natives de l’Amérique Centrale et du Brésil. Aussi nommés cannes des muets, les Dieffenbachias préfèrent en milieu naturel une luminosité intermédiaire et une humidité élevée typique de la forêt tropicale.

En nature, elles peuvent atteindre jusqu’à 3 mètres de hauteur [3]. Comme les plantes-araignées, les cannes des muets bien que provenant de milieux tropicaux, s’adaptent bien à toutes sortes de conditions d’exposition et demande peu d’entretien. Toutefois, il faut être prudent puisqu’elle peut causer des légères irritations si elle est mâchée, dues à la présence d’oxalate de calcium dans ses feuilles. Pour les bouturer, il suffit de couper une tige bien développée en tronçons d’une dizaine de centimètres comprenant au moins 2 rameaux et bourgeons (renflements sur la tige), puis disposer ces tronçons à plat sur de la tourbe humide, les renflements vers le haut. Lorsque des nouvelles feuilles se développent sur les tronçons de tiges, ils sont prêts à être rempotés.

 Langue de belle-mère

Les langues de belle-mère ou sansevières (genre Sanseviera) se trouvent naturellement dans des sols rocailleux en Inde, en Indonésie et en Afrique, notamment à Madagascar. Dans ces pays, on les cultive entre autres pour la production de fibre et la fabrication de bandages. Il s’agit d’une des plantes d’intérieur les plus résistantes, conseillée à tout débutant[4,5]. En effet, les sansevières poussent très bien sans entretien ou presque. Pour les bouturer, il suffit de couper des sections de feuille d’une dizaine de centimètres et de les laisser sécher pendant 2 semaines puis de les replanter dans un mélange de terreau et de sable.

 


1.Hodgson, Larry. (2008) Une araignée qui aime le monde. [En ligne] http://www.lapresse.ca/le-soleil/vivre-ici/horticulture/200811/13/01-800507-une-araignee-que-le-monde-aime.php

2. Au jardin.info, Plante araignée, Phalangère. [En ligne] http://www.aujardin.info/plantes/phalangere.php

3. Plant Rescue, Dieffenbachia seguine. [En ligne] http://www.plantsrescue.com/tag/dumb-cane-plant/

4. Kirby, F. Vaughan (1899). Sport In East Central Africa: Being An Account Of Hunting Trips In Portuguese And Other Districts Of East Central Africa.

5 Au jardin.info, Langue de belle-mère, Sansevière. [En ligne] http://www.aujardin.info/plantes/sansevieria-trifasciata.php

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En apprendre plus sur vos plantes : le géranium odorant

Par Mélina Guêné-Nanchen


Avez-vous déjà remarqué le magnifique géranium odorant (Pelargonium citrosum) au deuxième étage du Pavillon Adrien-Pouliot? Derrière son apparence un peu banale se cache une odeur bien particulière.

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Figure 1. Le géranium odorant du Pavillon Adrien-Pouliot

Tout bon québécois habitué à la défense antimoustiques reconnaîtra une odeur citronnée, très semblable à celle de la citronnelle. Et non, le Pelargonium citrosum n’est pas un parent de la citronnelle ; il appartient plutôt à la famille des Génériacées.

Toutefois, son odeur de citronnelle en a intéressé plus qu’un en raison de ses potentielles capacités à repousser les moustiques. Dès 1985, Dirk Van Leenen en faisait la promotion comme quoi la plante permettrait de repousser les moustiques dans une zone de 10 pieds carrés. Un an plus tard, il avait vendu 25 000 plants de Pelargonium citrosum. De plus, Dirk Van Leenen revendiquait avoir « génétiquement créé » la plante, en incorporant des tissus de citronnelle de Ceylan dans un géranium pour produire un géranium émettant l’odeur de citronnelle.

Ce n’est qu’en 1996 que les scientifiques se sont demandé si les efforts du créateur avaient fonctionné. Lors d’une étude à l’Université de Guelph, des chercheurs ont placé des sujets humains dans une zone forestière abritant de nombreux moustiques. Les sujets ont été divisés en trois groupes : un étant traité avec du DEET, un étant assis à côté d’un plant de géraniums et un groupe témoin. Ils ont ensuite compté le nombre de piqures de moustique par groupe. Le DEET aurait procuré 90 % plus de protection durant 8 heures, alors qu’il n’y avait pas de différence entre le groupe assis à côté d’un géranium et le groupe témoin. Les chercheurs auraient même observé des moustiques se posant sur la plante, invalidant son pouvoir antimoustiques. De plus, d’autres chercheurs ont démontré que la plante « créée » par Van Leenen existait déjà dans la nature, et que celle-ci contenait plus de citronellal (constituant majeur de l’huile essentielle de citronnelle) que sa création.

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Figure 2. Géranium vendu dans les pépinières comme «mosquito plant», même si celle-ci a été démontrée comme inefficace contre les moustiques (Source: Mokkie)

 

Malgré cette étude, plusieurs détaillants au Canada et aux États-Unis vendent cette plante en faisant la promotion de ses capacités repoussantes des moustiques. Ceci ne veut pas tant dire que Pelargonium citrosum est inutile ; c’est en fait une plante parfaite pour votre chez-vous.

Le géranium odorant préfère le plein soleil et apprécie les sols bien drainés et riches. Soyez par contre prudents avec vos animaux, car cette plante est toxique.


Sources : Arthur, O., & Maciarello, J. (1996). Essential oil analysis and field evaluation of the citrosa plant “Pelargonium citrosum” as a repellent against populations of Aedes mosquitoes. J Am Mosq Control Assoc, 12(1), 69-74.

Cilek, J. E., & Schreiber, E. T. (1994). Failure of the » mosquito plant », Pelargonium x citrosum’van Leenii’, to repel adult Aedes albopictus and Culex quinquefasciatus in Florida. Journal of the American Mosquito Control Association, 10(4), 473-476.

Pour les amoureux des plantes

Le Projet Chlorophylle tiendra sa première réunion le mardi 13 septembre 2016, de 12h30 à 13h30, au local COP-2119 (pavillon optique photonique).

Nous y discuterons des projets à venir et y attribuerons les tâches pour la session.

Que ce soit pour vous impliquer ou en apprendre davantage sur le Projet Chlorophylle, n’hésitez pas à venir faire un tour!

En vous souhaitant un belle rentrée et au plaisir de vous voir,

Le Projet Chlorophylle

Un sens du toucher chez les plantes ?!

Par Mélina Guêné-Nanchen


 

Le mouvement est une faculté qu’on associe généralement au règne animal. Toutefois, en se penchant plus sur la question, on se rend compte que certaines plantes du règne végétal ont la capacité de déplacer leurs tiges et feuilles en réponse à un changement de la direction du soleil, un phénomène appelé héliotropisme. L’héliotropisme est un bon exemple de tropisme, cest-à-dire, un phénomène biologique influençant la croissance d’un organisme dans une direction donnée en réponse à un stimulus environnemental (ex. : hydrotropisme, chimiotropisme, phototropisme, gravitropisme, thigmotropisme).   Chacun de ses tropismes parle de lui-même : modification de la croissance en fonction de la ressource en eau pour l’hydrotropisme, des éléments chimiques pour le chimiotropisme, de la lumière pour le phototropisme et de la gravité pour la gravitropisme.

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Figure 1. Exemple de différents tropismes (Source : (1) Zachary.w (2) Alloprof.qc.ca (3) Youtoube)

Mais le thigmotropisme, qu’est-ce que ça mange ça en hiver ? Le thigmotropisme est une réaction à une stimulation tactile. Ainsi les plantes auraient un sens du toucher ? Oui ! En fait, certaines seraient même plus sensibles au toucher que les êtres humains. C’est le cas pour cette dionée se fermant sur une grenouille après que celle-ci ait touché aux poils sensitifs de la plante.

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Figure 2. Fermeture rapide des feuilles de la Dionaea muscipula sur une grenouille (Source : Youtube )

Mais attention, le mouvement de la dionée n’est pas à proprement parlé du thigmotropisme. Le mouvement de la dionée s’appelle la thigmonastie. Contrairement au thigmotropisme et aux autres tropismes, la thigmonastie est indépendante de la direction du stimulus, mais dépend plutôt de la structure de l’organe (la feuille de la dionée par exemple).

En d’autres termes, la dionée est contrainte par la structure de ses feuilles lorsqu’elle réagit à une stimulation tactile, contrairement à une plante réagissant à une stimulation tactile dont la croissance serait modifiée par le stimulus, et ce, qu’importe sa direction.

Donc, pour le thigmotropisme, la réaction de la plante dépend de la direction du stimulus ; la région soumise au stimulus grandira moins vite que celle qui n’a pas été touchée. L’exemple le plus évident de ce phénomène est la formation des vrilles chez certaines plantes grimpantes. Prenons l’exemple de cette plante grimpante à la figure 3, la face de la vrille en contact avec l’autre tige grandira moins vite que la face qui n’y touche pas, s’en suit la formation de vrilles.

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Figure 3. Exemple de thigmotropisme : formation d’une vrille chez Ibervillea lindheimeri (Source : Bio.utexas.edu)

Mais, revenons-en à nos plantes mangeuses de grenouilles ! La thigmonastie est assez répandue. Le phénomène peut être offensif comme chez la dionée ou défensif comme chez la plante sensitive Mimosa pudica. Chez cette dernière, la thigmonastie réduit la surface foliaire pouvant être affectée par les stress environnementaux et par le broutage des insectes.

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Figure 4. Fermeture des folioles de Mimosa pudica suite à un stimulus (Source : Youtube)

Que ce soit chez la dionée ou le Mimosa pudica, la thigmonastie est causée par une modification brusque de la turgescence (contenu en eau) [1] dans les cellules impliquées dans ce mouvement.

Ces fameuses cellules impliquées dans la fermeture des folioles du Mimosa pudica se trouvent dans une structure appelée pulvinus, qui se situe à la base des folioles. C’est lorsque les cellules du pulvinus s’atrophient par perte d’eau que les folioles se ferment. Cette perte de cellules est causée par l’expulsion des ions de potassium hors de la cellule, ce qui engendre une différence de concentration de part et d’autre de la membrane cellulaire. Ensuite, l’eau se déplace rapidement vers l’extérieur des cellules par osmose, suivant le gradient. Ainsi, les cellules du pulvinus rapetissent et la foliole se ferme (Figures 4 et 5). Le phénomène inverse se produit lorsque la feuille se rouvre, cette fois beaucoup plus lentement (entre 15 et 30 minutes).

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Figure 5. Mécanisme de fermeture des folioles de Mimosa pudica (Source : Ciencias David Edaterra)

Bref, on comprend qu’il ne faut pas sous-estimer l’importance du sens du toucher ou du mouvement chez les plantes. Si vous désirez en apprendre plus sur le sujet, Darwin a publié juste avant sa mort un ouvrage intitulé « The Power of Movement in Plants », disponible ici.


 

[1] Turgescence : Gonflement d’une cellule, par pénétration d’eau à l’intérieur, lorsqu’elle est plongée dans un milieu moins concentré (hypotonique) (Source : Larousse)

 

La tourbe et les fibres de sphaigne

par Mélina Guêné-Nanchen


Si vous êtes familier avec l’horticulture ou si vous avez des plantes à la maison, vous savez sans doute ce qu’est la tourbe. En effet, la tourbe est utilisée depuis le début du 20e siècle en horticulture. Celle-ci possède de nombreuses propriétés physicochimiques qui améliorent la structure, la capacité de rétention d’eau, l’aération et le pouvoir tampon des sols. La tourbe est actuellement le substrat horticole de croissance le plus important au monde, avec une consommation annuelle de 30 millions de m3 (1).

Mais d’où provient la tourbe? La tourbe est le résultat de l’accumulation de matière organique s’échelonnant sur des siècles, voire des millénaires, et menant à la création de dépôts pouvant dépasser 6 m. Sa formation se fait dans les tourbières, où les conditions anaérobies et l’activité microbienne réduite entraînent un taux de production de matière organique surpassant sa décomposition. On estime que l’accumulation de tourbe est d’environ 0,5 à 1 mm par année dans les tourbières canadiennes (2).

La tourbe n’est pas qu’utilisée à des fins horticoles. Selon son taux de décomposition, celle-ci peut servir de combustible fossile, d’absorbant écologique lors des déversements, de biofiltre pour le traitement des eaux usées et pour des soins corporels. Malheureusement, l’utilisation de la tourbe comme combustible a causé la dégradation de nombreux milieux humides en Europe, où son extraction existait déjà à l’époque romaine. La situation diffère au Canada, où l’extraction de la tourbe a uniquement débuté vers les années 1850 (3).

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Figure 3 : Utilisation de briquettes de tourbe comme combustible (Photo : Cqui)

Ainsi, la tourbe est considérée comme non renouvelable et son extraction entraîne la perte des fonctions essentielles des tourbières et la libération de CO2. C’est pourquoi des efforts considérables ont été mis en place par la communauté scientifique et par l’industrie de la tourbe pour instaurer une gestion responsable des tourbières et une production durable des substrats horticoles. Ces efforts se sont en autres concentrés sur la réduction de l’empreinte de carbone de l’extraction de la tourbe. Différentes études ont montré que cet objectif pourrait être atteint en intégrant des fibres de sphaigne non décomposées dans les substrats horticoles (4, 5, 6). En effet, si une certaine quantité de fibres de sphaigne était utilisée dans les produits de tourbe conventionnels, on pourrait réduire l’impact de l’extraction de la tourbe tout en maintenant la qualité du substrat.

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Figure 4 : Fibres de sphaigne non décomposées (Photo : Christian Fisher)

Les fibres de sphaigne constituent la partie vivante de la tourbe, soit la couche supérieure de la tourbière. Celles-ci sont déjà utilisées en horticulture pour la culture d’orchidées, pour le transport des fruits et légumes, pour la fabrication de pots dégradables, et bien d’autres usages. Le marché pour les fibres de sphaigne est en expansion. Cependant, encore aujourd’hui, les fibres de sphaigne destinées à la vente ou à la transformation sont récoltées en milieu naturel. Des chercheurs se sont penchés sur la possibilité de cultiver des fibres de sphaigne de façon à minimiser notre impact sur les tourbières (4, 7, 8). Les fibres de sphaigne ainsi produites pourraient avoir l’avantage d’être récoltées sur une base cyclique et renouvelable en comparaison à l’extraction traditionnelle de la tourbe.

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Figure 5 : Utilisation de fibres de sphaignes pour la culture des orchidées (Photo : Keisotyo)

Malgré les nombreux bénéfices sur la culture de sphaigne, la recherche et la littérature sur cette culture sont relativement limitées. Des essais à différentes échelles ont été conduits dans plusieurs parties du monde (Chili, Allemagne, Japon, Finlande, Nouvelle-Zélande). Au Canada, le Groupe de recherche en écologie des tourbières mène différents projets de recherche sur l’optimisation de la production des fibres de sphaigne en culture, notamment par l’hydrologie et par les interactions avec les plantes vasculaires de type graminoïde (9, 10).

 

 

En conclusion, même si le Canada possède la plus grande surface des tourbières au monde et que celles-ci pourraient fournir de la tourbe pendant des siècles (11), il est de notre devoir d’instaurer une gestion environnementale efficace des tourbières, d’où l’intérêt de la culture de sphaigne.

Le saviez-vous ?

Lorsque vous achetez des sacs de tourbe, vous pouvez vérifier si ceux-ci portent la certification Vériflora. Cette accréditation environnementale garantit qu’un produit horticole est soumis à des pratiques respectueuses des travailleurs, des consommateurs et de l’environnement. Notamment, ces objectifs favorisent la restauration des tourbières et réduisent l’empreinte environnementale liée à l’extraction de la tourbe. Pour connaître la liste des entreprises certifiées Vériflora.


Références

  1. Joosten, H. et D. Clarke. 2002. Wise use of mires and peatlands: Background and principles including a framework for decision making. International Mire Conservation Group. International Peat Society, Jyväskylä, Finlande.
  2. Payette, S. 2001. La stratigraphie”. P. 345-370 dans Écologie des tourbières du Québec- Labrador, S. Payette et L. Rochefort (éd.). Les Presses de l’Université Laval, Québec.
  3. Bouchard, A. et M. Jean. 2001. Historique d’un paysage de tourbières profondément transformé par l’homme. P. 390-398 dans Écologie des tourbières du Québec- Labrador, S. Payette et L. Rochefort (éd.). Les Presses de l’Université Laval, Québec.
  4. Gaudig, G., H. Joosten et D. Kamermann. 2008. Growing growing media: promises of Sphagnum biomass. Acta Horticulturae 779: 165–171.
  5. Caron, J. et L. Rochefort. 2013. Use of peat in growing media: State of the art on industrial and scientific efforts envisioning sustainability. Acta Horticulturae 982:15-22.
  6. Jobin, P., J. Caron et L. Rochefort. 2014. Developing new potting mixes with Sphagnum fibers. Canadian Journal of Soil Science 94:585-593.
  7. Gaudig, G., F. Fengler, M. Krebs, A. Prager, J. Schulz, S. Wichmann et H. Joosten. 2014. Sphagnum farming in Germany—a review of progress. Mires & Peat 13:1-11.
  8. Campeau, S. et L. Rochefort. 2002. Possibilities and limits to Sphagnum farming. P. 264-269 dans International Peat Symposium: Peat in horticulture – Quality and environmental challenges, A joint symposium of Commission II (Industrial utilization of peat and peatlands) and Commission V (After-use of cut-over peatlands) of the International Peat Society. International Peat Society, Jyväskylä, Finlande, Pärnu, Estonie.
  9. Pouliot, R., S. Hugron et L. Rochefort. 2015. Sphagnum farming: A long-term study on producing peat moss biomass sustainably. Ecological Engineering 74:135-147.
  10. Guêné-Nanchen, à venir
  11. Gorham, E. 1991. Northern peatlands: role in the carbon cycle and probable responses to climatic warming. Ecological Applications 1:182-195.

 

 

Introduction au monde des orchidées

par Marc-André Lemay


 

Avec un nombre d’espèces estimé à environ 20 000, la famille des Orchidacées (ou orchidées) fait concurrence à celles des Astéracées (la famille du pissenlit) et des Fabacées (les légumineuses) pour le titre de la famille de plantes à fleurs la plus diversifiée. Cette diversité au niveau des espèces vient de pair avec une grande diversité fonctionnelle. En effet, les orchidées ont développé une multitude de stratégies pour arriver à se reproduire et à prospérer dans à peu près tous les types d’habitats terrestres.

Malgré leur grande diversité, les orchidées partagent toutes un certain nombre de caractéristiques qui permet de les regrouper dans la même famille. Les ressemblances les plus importantes se retrouvent sans aucun doute dans la morphologie florale : les orchidées se distinguent par la différenciation d’un de leurs pétales en une structure appelée labelle. Ce dernier est souvent fortement ornementé, que ce soit par sa couleur ou par sa forme particulière. De plus, les structures reproductrices mâles et femelles sont soudées chez toutes les orchidées en un ensemble nommé gynostème. La morphologie florale des orchidées favorise leur pollinisation par les insectes, le labelle augmentant la visibilité des fleurs et l’arrangement du gynostème favorisant le transfert de pollen des fleurs aux insectes et vice-versa.

Les orchidées ne manquent pas de fournir des curiosités susceptibles d’impressionner ceux qui s’intéressent aux différentes adaptations à la vie sur Terre. Leurs graines, notamment, sont extrêmement petites et peuvent ainsi s’entasser à plusieurs milliers, voire plus d’un million par fruit. Ces graines comportent si peu de réserves d’énergie qu’il leur est impossible de germer sans l’aide de champignons mycorhiziens particuliers. Ceux-ci leur fournissent l’énergie nécessaire à leur développement et à leur survie jusqu’à ce qu’elles produisent leur propre énergie par photosynthèse. Certaines espèces d’orchidées, par exemple plusieurs espèces des genres Neottia et Corallorhiza, ne développent d’ailleurs jamais de tissus photosynhétiques et demeurent ainsi parasites pendant l’entièreté de leur cycle de vie. Cette dépendance envers des champignons mycorhiziens rend la culture des orchidées particulièrement difficile. Si l’on arrive à produire certaines espèces commercialement en les cultivant in vitro sur des milieux de culture contenant des glucides, certaines espèces sont tout simplement impossibles à cultiver en utilisant les techniques dont nous disposons actuellement.

Les orchidées ont développé une myriade de stratégies leur permettant d’attirer des pollinisateurs. Si certaines espèces se contentent d’être visuellement attrayantes ou de fournir du nectar comme «récompense» aux pollinisateurs, d’autres ont adopté des stratégies plus farfelues. Par exemple, les espèces du genre Ophrys suscitent un comportement dit de «pseudocopulation» chez des insectes mâles, leur faisant croire qu’ils sont en train de copuler avec une femelle. Ils arrivent à induire ce comportement chez l’insecte via leur apparence et leur texture ainsi que par leur capacité à synthétiser des phéromones semblables à celles produites par des insectes femelles. Le Rhizantella slateri, pour sa part, est une espèce entièrement souterraine qui est pollinisée par des fourmis et d’autres insectes vivant dans le sol.

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Figure 1 : Le Ophrys bombiliflora, une espèce induisant un comportement de pseudocopulation chez ses polinisateurs Photo: Orchi

Si le mot «orchidée» vous fait penser à des plantes tropicales luxuriantes, sachez que les orchidées ont peuplé à peu près toutes les régions du monde. On retrouve notamment une cinquantaine d’espèces d’orchidées au Québec, habitant pour la plupart les forêts, les prairies ou les tourbières. Le Québec compte entre autres plusieurs espèces des genres Cypripedium et Platanthera.

Outre leur utilisation comme plantes d’ornement, les orchidées n’ont pas une valeur commerciale très importante. Il convient quand même de mentionner le Vanilla planifolia, le vanillier à feuilles planes, dont les gousses sont utilisées pour produire l’arôme de vanille, que l’on apprécie dans la crème glacée ou divers desserts. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si plusieurs orchidées dégagent une odeur de vanille ; plusieurs produisent des composés apparentés à ceux produits par Vanilla planifolia.

Pour terminer sur une note culturelle, sachez que le mot orchidée provient du mot grec orchis, signifiant «testicule», allusion à l’allure des tubercules retrouvés dans les parties souterraines de certaines espèces. Selon le frère Marie-Victorin, cette ressemblance a engendré des croyances chez les Anciens, qui attribuaient un pouvoir aphrodisiaque à ces plantes. D’ailleurs, des hommes se nourrissant de tubercules d’orchidées augmentaient supposément leurs chances d’engendrer des garçons, tandis que des femmes en consommant étaient réputées plus susceptibles de donner naissance à des filles. Ce n’est donc pas d’hier que les orchidées marquent l’imaginaire humain!

 

 

 

Le houx : plus qu’une simple décoration

par André-Philippe Drapeau Picard


 

Si je vous dis houx, à quoi pensez-vous? Je parie que de telles images vous viennent en tête :

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En effet, certaines espèces de houx sont utilisées comme décoration pendant le temps des Fêtes. Toutefois, il existe entre 400 et 600 espèces de houx, dont deux au Québec, répandues sur tous les continents sauf l’Antarctique. Jetons-leur un coup d’œil.

D’abord, il faut savoir que le mot «houx» désigne les espèces du genre Ilex. Il s’agit du seul genre de la famille des Aquifoliacées, vieille d’au moins 50 millions d’années. Marie-Victorin nous apprend que le mot «Ilex» est d’origine celte, et signifie «pointe», en référence à la forme des feuilles de certaines espèces. La plupart des espèces de houx sont dites dioïques, c’est-à-dire que les individus sont soit mâles, soit femelles.

Les espèces de houx les plus connues du public sont sans doute celles utilisées pour les décorations des Fêtes, à savoir I. aquifolium, espèce européenne aussi appelée Houx anglais, et I. opaca, le Houx américain. En nature, toutes deux sont des arbres au feuillage persistant pouvant atteindre une quinzaine de mètres de hauteur. Toutefois, comme végétaux d’ornement, elles sont généralement maintenues sous forme d’arbuste par la taille. Pour les deux espèces, des centaines de cultivars ont été développés pour répondre aux goûts des décorateurs. Le Houx anglais a d’ailleurs été introduit sur la côte ouest des États-Unis, où il est apprécié en tant que plante ornementale. Depuis, il s’est échappé de culture pour devenir envahissant dans des états comme Washington et la Californie.

Ni le Houx anglais, ni le Houx européen ne poussent à l’état sauvage au Québec. Nos deux espèces affectionnent particulièrement les milieux humides. L’une d’elle est le Némopanthe mucroné, qui a récemment été débaptisé, passant de Nemopanthus mucronatus à Ilex mucronata. L’adjectif «mucroné» réfère à «mucron», mot qui désigne la petite pointe au bout des feuilles de cet arbuste (voir figure 4). Cette espèce pousse en bordure de tourbière, dans la zone qu’on appelle le lagg, où il voisine parfois son congénère, le Houx verticillé.

Figure 4: Schéma des feuilles et de la fleur mâle de I. mucronata.

Le Houx verticillé, I. verticillata, est l’autre espèce québécoise de houx. Comme I. mucronata, il s’agit d’un arbuste au feuillage caduc, et est facultatif des milieux humides. Il produit de nombreux petits fruits rouges qui font le bonheur de nombreuses espèces d’oiseaux, mais qui sont toxiques pour l’humain. Il est aussi prisé comme plante ornementale d’extérieur.

 

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Figure 5: Planche d’illustrations de I. verticillata.

Je ne saurais terminer un billet sur les houx sans mentionner Ilex paraguariensis. Celles et ceux qui sont déjà passés par l’Amérique du Sud connaissent assurément cette espèce, puisque c’est avec elle que l’on concocte le maté, un breuvage stimulant que l’on boit à l’aide d’une paille spéciale, la bombilla (voir figure ci-dessous).

L’espace manque pour discuter des quelques centaines d’autres espèces de houx, mais j’espère avoir suscité au moins un petit intérêt pour ce taxon fort diversifié et largement répandu! Avis aux intéressés, le genre Ilex est un bon modèle pour étudier les processus de spéciation à différentes échelles spatiales et temporelles.